dimanche 5 février 2017

Philosophie, La morale, Terminale ES

La morale
L’éthique est l’investigation générale de ce qui est bien selon Moore. On divise la réflexion sur l’éthique en deux champs de réflexion distincts : la méta-éthique et l’éthique normative.
I-                    Problèmes de méta-étiques

A-     La morale peut-elle être universelle ?
1-      La thèse relativiste
La thèse relativiste est en accord avec toutes les pratiques. Nos jugements moraux seraient systématiquement considérés comme relatifs à notre propre système de valeurs et la subjectivité de nos assertions anéantirait notre prétention à prescrire quoi que ce soit (Marquis de Sade).
2-      Thèse universaliste
On ne peut soutenir que les normes éthiques sont inconstantes et subjectives, il y a une exigence morale universelle.
« Les choses respectables sont relatives et contradictoires, mais le fait de  respecter ne l’est pas » Vladimir Jankélévitch
B-     La morale est-elle une affaire de cœur ou de raison ?
Certains philosophes comme Rousseau estiment que notre moralité n’a que peu à voir avec la rationalité et que son fondement se trouve dans notre conscience morale.
Le problème est qu’il y a toutes les raisons de penser que cette voix morale soit le résultat d’une éducation particulière relative à une culture spécifique et que les injonctions de cette conscience bien peu divine soient en réalité souvent arbitraires ou capricieuses.
De nombreuses études expérimentales montrent que l’homme qui n’est pas dans une configuration physique et émotionnelle favorable ne pourra pas avoir un bon comportement moral.
Dans la vie morale, il importe que l’émotion joue un rôle de moteur de l’action et que la raison joue plutôt le rôle de mise en ordre, d’harmonisation de l’action.
La raison seule est faible, l’émotion seule est arbitraire. Il faut donc que l’émotion et la raison s’allient pour combiner la force motrice de l’une et l’orientation rationnelle vers la justice universelle de l’autre.
II-                  Ethique normative

A-     Le déontologisme
Il s’agit d’une doctrine morale qui se fonde sur le respect du devoir. Il ne faut pas juger un acte selon ses conséquences, mais selon sa conformité à certaines règles qui codifient ce que l’on peut faire ou pas. C’est une morale non-eudémoniste (recherche du bien indépendante de la recherche du mal).  
Kant montre comment notre raison pratique a la capacité de se donner des impératifs catégoriques (vraie morale) par opposition aux impératifs hypothétiques.
« Agis toujours d’après une maxime telle que tu puisses également vouloir qu’elle devienne une loi universelle »
Ce sont les intentions qui comptent, pas les conséquences.
B-     Le conséquentialisme utilitariste
Les conséquentialistes pensent que toute morale doit être fondée sur les conséquences de nos actions. Une action est moralement bonne lorsqu’elle engendre des conséquences favorables au bonheur de l’humanité. C’est une morale eudémoniste.
« Jouir et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois toute la morale » Chamfort
C-     Contre la morale : l’immoralisme de Nietzsche et l’inversion des valeurs
Pour Nietzsche, la morale provient uniquement des mœurs, et celles-ci ont pour but d’abêtir l’individu afin de mieux le contrôler.
La morale est d’autant plus néfaste qu’elle a pour origine le ressentiment et qu’elle vise toujours à abaisser la volonté de puissance des hommes forts pour protéger les faibles. La morale est le triomphe des faibles qui constituent le plus grand nombre.
Il propose une morale immorale fondée sur une inversion des valeurs qui permet à l’homme d’assumer à nouveau ses instincts. Cette morale repose sur le respect de ce qu’il y a de plus fort chez l’homme et le mépris de ce qu’il y a de plus faible chez lui.
« Qu’est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui vient de la faiblesse » Nietzsche
D-     L’éthique de la vertu : faire le bien par l’excellence individuelle
On cherche une finalité à nos actes, le bien est le bonheur suprême selon Aristote.
Ce qui est bien et beau c’est ce qui est modéré, harmonieux, réglé « médèn agan ».
Nous avons besoin de la phronésis, la prudence qui est la vertu qui consiste à bien agir correctement au bon moment, de manière intuitive, sans connaissance abstraite.  

Le plaisir est le signe de la puissance. 

samedi 4 février 2017

Philosophie, Autrui, Terminale ES

Autrui
I-                    Le besoin d’autrui
L’essentiel de ce que nous sommes, nous le devons à autrui. L’autre n’est pas pour nous un choix : il est toujours déjà là, à notre naissance, et nous façonne pour toujours. Le besoin de l’homme d’être en contact avec d’autres hommes devient particulièrement évident dans l’expérience douloureuse de la solitude qui est peu naturelle de l’homme.
« Autrui, pièce maîtresse de mon univers » Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique 1972
II-                  L’influence exercée par les autres sur le moi
L’homme est capable de ressentir les émotions éprouvées par ses semblables, c’est ce qu’on appelle empathie. Avec l’empathie, nous nous mettons spontanément à la place d’autrui lorsque nous les voyons exprimer certaines émotions. Le monde intérieur de l’autre s’ouvre à nous et devient une part entière de notre expérience vécue. La réalité vécue de l’autre devient aussi notre réalité. Grâce à l’empathie, nous pouvons comprendre l’autre sans utilisation d’aucun langage.
La pitié est la forme de l’empathie la plus intense.
« Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible » Rousseau
Nos cerveaux et neurones sont empathiques. L’homme est biologiquement programmé à comprendre son semblable et à l’imiter. Nous sommes tous des miroirs les uns pour les autres et nous nous renvoyons réciproquement nos émotions et intensions en tissant des liens avec les autres, en construisant progressivement notre personnalité sous l’influence des autres.
Pour être heureux il faut que les personnes qui nous entourent soient heureuses.
« Vivre pour autrui, ce n’est pas seulement la loi du devoir, c’est aussi la loi du bonheur » Auguste Comte
III-                Le poids du regard de l’autre
Dès que nous sommes en présence du regard de l’autre, nous agissons différemment.
Erwin Goffmann dans « la mise en scène de la vie quotidienne » -> rites d’interaction.
Norman Triplett -> phénomène de la facilitation sociale (se savoir en présence d’autrui améliore nos performances).
Expérience de Milgram qui montre qu’il peut être aisé de faire obéir un individu sous la pression d’une autorité.
« L’enfer, c’est les autres » Sartre
IV-               La connaissance d’autrui
Pour connaître l’autre, il faut faire ce qu’on peut appeler une dialectique entre le même et l’autre.
« Nous ne comprenons l’autre que par sa ressemblance à notre moi, à notre expérience acquise, à notre propre climat ou univers mental » Henri Irénée Marrou
La séparation des consciences rend à jamais inaccessible la communion totale de deux personnalités.
« L’homme est l’être qui peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment » Proust
V-                 Les liens qui nous rattachent aux autres : les trois formes de l’amour
L’Eros :
Amour sous sa forme la plus passionnelle, désir, idéalisation de l’être aimé -> cristallisation par Stendhal
« Il n’existe pas d’être capable d’aimer un autre être tel qu’il est » Paul Valéry
La Philia :
Amour sans violence du désir physique, neutre, sans désir et sans passion.
Aristote distingue trois formes d’amitié :
-          L’amitié en vue de l’utile
-          L’amitié en vue du plaisir
-          L’amitié parfaite (philia teleia)
« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » Etienne de la Boétie
L’Agapé :

Amour pour le prochain, charité. 

mercredi 1 février 2017

SES, Thème 4 : Travail, emploi, chômage, Comment s’articulent marché du travail et gestion de l’emploi ?, Terminale ES

Thème 4 : Travail, emploi, chômage
Comment s’articulent marché du travail et gestion de l’emploi ?
                Un marché est un lieu réel ou fictif où se rencontrent les offreurs et demandeurs d’un bien ou d’un service dans le but de l’échanger en fonction d’un prix.
Le marché du travail existe pour certains économistes : l’offre de travail provient des actifs alors que la demande de travail provient des entreprises et APU. Ce marché du travail est une construction sociale qui doit être gérée, encadrée par des institutions et en particulier l’Etat et les syndicats.
I- Le marché du travail existe-t-il ?
A- La théorie libérale du marché du travail
1- Les déterminants de l’offre de travail
                La courbe de l’offre est une fonction croissante du salaire versé : plus le salaire proposé est important, plus le nombre d’actifs prêts à travailler sera important.
Plus le salaire est élevé, plus les individus sont prêts à travailler car plus ils pourront consommer. Mais en contrepartie, ils acceptent de sacrifier leur temps de loisirs. On parle d’un effet revenu.
Cependant, un effet de substitution existe. Il pousse les individus à moins travailler au fur et à mesure que leurs salaires augmentent.
è  L’effet de revenu l’emporte sur l’effet de substitution jusqu’à un certain seuil, l’offre de travail est une fonction croissante du revenu.
2- Les déterminants de la demande de travail
                La courbe de demande de travail est une fonction décroissante du salaire. Plus le salaire augmente, moins les entreprises sont prêtes à embaucher.
3- L’équilibre du marché du travail
                L’offre de travail étant croissante et la demande de travail étant décroissante, leur point d’intersection détermine l’équilibre du marché, celui-ci est caractérisé par une quantité d’équilibre et un prix d’équilibre.
                Au prix d’équilibre, le chômage n’existe pas. Tous les travailleurs prêts à travailler pour ce salaire trouveront un emploi, toutes les entreprises prêtes à embaucher à ce salaire trouveront des salariés. Dans l’analyse libérale, le chômage ne peut exister.
                Si le salaire se fixe au-dessus du salaire d’équilibre, alors l’offre de travail sera supérieure à la demande de travail et du chômage apparait. Celui-ci va pousser les entreprises à proposer des salaires plus faibles, de plus en plus d’entreprises voudront embaucher. A l’inverse, de moins en moins d’actifs voudront travailler. Le marché finira par retrouver son équilibre de lui-même, il est autorégulateur.
                Pour les libéraux, si les actifs ne trouvent pas un emploi, c’est qu’ils n’acceptent pas le salaire d’équilibre, on parlera alors de chômage volontaire.  
B- Le marché du travail ou les marchés du travail ?
L’analyse libérale semble trop simpliste : un seul marché du travail avec un seul salaire. La réalité laisse apparaitre une complexité. Le marché du travail serait segmenté :
- un marché primaire du travail où les entreprises proposeraient des CDI à temps plein avec une bonne protection sociale, les travailleurs (insiders), y seraient qualifiés, diplômés. Sur ce marché, le salaire sera plus élevé, le chômage généralement faible.
- un marché secondaire du travail où les entreprises proposeraient plus souvent des CDD, des temps partiels, une protection du travail et sociale plus faibles. Les travailleurs (outsiders), y seraient moins diplômés, moins qualifiés. Sur ce marché, le salaire serait moins élevé et le chômage plus important.
Les travailleurs du marché secondaire ne passent que difficilement sur le marché primaire du travail. Leurs niveaux de qualification leur rend difficile l’accès à un emploi stable, les syndicats sont moins présents pour les aider à trouver un emploi (ils préfèrent défendre les travailleurs déjà présents sur le marché primaire).
è Les marchés du travail sont segmentés, imperméables. On parle aussi de dualisation du marché du travail. Le travail s’échange sur des marchés du travail et pas un seul.
C- L’asymétrie d’information sur le marché du travail
                Sur les marchés (du travail) existent des asymétries d’informations. Un agent a plus d’informations qu’un autre. Cette asymétrie d’informations déséquilibre le rapport de force entre les agents, il sera plus facile pour l’un ou pour l’autre de négocier.
1- La théorie du salaire d’efficience
                Sur le marché du travail, les patrons n’en savent pas autant que les travailleurs sur les efforts fournis par ceux-ci. Les salariés seront en position de force pour négocier. Pour pousser les travailleurs à fournir des efforts soutenus et continus, les partons ont intérêt à verser des salaires plus élevés que le salaire d’équilibre. Ils motivent ainsi leurs salariés et surtout leurs font supporter un coût d’opportunité important s’ils sont surpris entrain de ne rien faire. Ils perdraient un salaire plus important que ce qu’ils ne méritent, rien ne dit qu’ils retrouveront le même, ils sont incités à ne pas tricher.
La théorie du salaire d’efficience montre que pour accroître l’efficacité du travailleur, il faut simplement lui verser un salaire plus important. Plus il sera rémunéré, plus il sera motivé, plus il sera productif.
Cette théorie s’oppose à la théorie classique. Dans la théorie libérale, c’est la productivité du travailleur qui détermine le salaire : plus la productivité est importante, plus le salaire sera élevé.
è Dans la théorie du salaire d’efficience, la relation de causalité est inversée : plus l’individu sera payé, plus il sera motivé, plus sa production sera importante. Le salaire détermine le niveau de productivité. 
2- La théorie des contrats implicites
Les salariés souhaitent stabiliser leurs salaires à long terme pour pouvoir réaliser leurs projets (achats, famille…). Or ils sont moins bien informés que les entreprises sur la durée de vie de celles-ci. Les patrons vont proposer en contrepartie d’un emploi stable, un salaire inférieur au salaire d’équilibre. Le parton s’engage ainsi à garder ses salariés malgré une baisse d’activité passagère. Le salarié, lui, est rassuré sur son avenir. On parle de la théorie des contrats implicites.
Cette théorie remet en cause le fonctionnement du marché libéral car face à une fluctuation de l’activité, l’entreprise doit licencier ou embaucher. Elle ne le fera pas. Le marché ne sera pas autorégulateur puisqu’il ne reviendra pas à son équilibre.
è  Le(s) marché(s) du travail semblent être des déterminants efficaces pour connaître le niveau d’emploi et le niveau des salaires. Les complexifications proposées à l’analyse libérale permettent de s’approcher de la réalité du fonctionnement du marché du travail. Cependant, le marché n’existe pas naturellement, il est une construction sociale qui est encadrée par l’Etat et les syndicats.
II- Le marché du travail est aussi une construction sociale   
             A-     L’intervention de l’Etat
1-      Le salaire, un revenu socialisé par les salariés
Le salaire ne dépend pas que de variables économiques mais aussi de variables sociales. L’Etat, en construisant la sécurité sociale a imposé aux salariés des cotisations sociales qui les protègent contre les différents risques sociaux. On distingue 5 risques sociaux : la maladie, vieillesse, accident du travail, chômage, famille. Les cotisations sociales sont réparties entre les partons et les salariés :
-          Cotisations patronales payées par le patron servant à financer la protection sociale
-          Cotisations salariales payées par le salarié servant à financer la protection sociale (moins élevées que les cotisations patronales)
Le montant de ces cotisations est décidé par les partenaires sociaux (l’Etat, le patronat, les syndicats). En cotisant obligatoirement à la protection sociale, chaque salarié se voit lui-même protégé s’il subit un des risques sociaux.
è L’Etat est donc un acteur incontournable dans la fixation du niveau des salaires, il en a fait un revenu socialisé, c’est-à-dire tourné vers la société solidaire et la protection contre les risques sociaux.
Cout du travail : salaire brut + cotisations patronales
Salaire brut : salaire net + cotisations salariales
2-      Le droit du travail
L’encadrement de la relation salariale par l’Etat date de la première révolution industrielle. Plutôt en faveur du patronat au début, la relation évoluera en faveur des salariés au cours du XIX-XXe. Les droits du travail s’élargissent :
-          Réduction du temps de travail
-          Augmentation des congés payés
-          Droit de grève, de se syndiquer
-          SMIG-SMIC
-          Lois sur le licenciement
Le droit du travail a été établi sous l’impulsion de l’Etat, qui, à travers des lois, cherche à rétablir l’égalité entre les salariés et les patrons dans la relation salariale. L’Etat a cherché à protéger les salariés en imposant des normes communes à tous.
     B-     Les négociations salariales : entre conflit et coopération
1-      Des négociations parfois tendues
Une action collective oppose au moins deux groupes aux intérêts contradictoires s’affrontant sur un/des objectifs précis de manière variée.
Ici le conflit oppose les travailleurs représentés par les syndicats et le patronat. Leur revendication principale est la hausse des salaires. Pour y parvenir, les travailleurs ont fait grève et l’ont poursuivie pour maintenir la pression sur le patronat. Les syndicats ont obtenu en partie ce qu’ils voulaient même si cela est moins important que ce qu’ils souhaitaient.
Le dialogue social est l’ensemble des négociations plus ou moins conflictuelles qu’il existe entre les partenaires sociaux (Etat/syndicat/patronat).
2-      Les conventions collectives
Une convention collective sert à spécifier les conditions de travail et de salaire au niveau d’une branche d’activité. Elles sont conclues entre le patronat et les travailleurs (syndicats). Elle ne peut pas être moins avantageuse que le droit du travail national.
La convention collective des boulangers spécifie que le salaire minimum est fonction du niveau de diplôme du boulanger.

La convention collective donne plus de droits aux salariés, les protège encore plus que le droit du travail. Elle apporte une sécurité. Le dialogue social est coopératif : patronat et syndicats cherchent à négocier régulièrement pour éviter les conflits sociaux. 

mardi 24 janvier 2017

Philosophie, La Culture, Terminale ES

La culture
I-                     Différence entre Bildung et Kultur
1-       La Bildung, un phénomène universel
                Elle désigne le processus de formation par lequel l’homme développe ses capacités (intellectuelles, physiques…). L’Homme déploie ses facultés, se perfectionne, se sépare de plus en plus de ses instincts premiers, ce qui lui permet de se civiliser et d’inscrire son existence dans un univers de règles et de significations qu’il partage avec ses semblables. Tous les Hommes se rejoignent dans ce sens de la culture en s’efforçant de s’arracher à leur nature première pour améliorer leur existence en se civilisant.
2-      La Kultur
Elle désigne une culture particulière. Ce terme permet de mettre l’accent sur cette différence et sur l’identité spécifique d’une culture, par laquelle elle se différencie de toutes les autres par sa langue, ses arts, ses mœurs, ses valeurs, ses traditions propres à elle seule.
II-                   La culture permet à l’homme de devenir ce qu’il est
« L’homme est une espèce inventive » Hume
A la différence de la plupart des autres animaux, l’homme ne se contente pas d’obéir à ses instincts naturels. Il s’efforce volontairement d’améliorer sa condition en se civilisant. L’homme naît imparfait, inachevé et c’est à lui de s’achever et de se perfectionner lui-même par le processus de civilisation qu’on appelle la culture (Bildung). La culture est le processus de formation qui permet de suppléer chez l’homme à un défaut de nature initial.
« Deviens qui tu es ! » Pindare, repris par Nietzsche
Il faut travailler à ce que l’on est et ne pas se contenter de ce que l’on est. Se cultiver est un véritable devoir de l’homme envers lui-même.
III-                 La culture comme seconde nature
L’influence de la culture est tellement marquée chez l’homme qu’il est vain de maintenir une distinction tranchée entre la nature et la culture. Il faut plutôt admettre que l’homme est un animal qui est par nature un être culturel et que, par conséquent, tous les comportements humains relèvent de la culture.
« La coutume est notre nature. Qui s’accoutume à la foi, la croit, et ne peut plus ne pas craindre l’enfer, et ne croit autre chose » Pascal
L’homme construit lui-même son destin, en dépassant sans cesse ses tendances naturelles et en assimilant des habitudes qui deviennent si ancrées en lui qu’elles paraissent naturelles.
IV-                La culture permet la régulation des pulsions et rend possible la vie en société
Cette formation, à l’issue de laquelle l’enfant sauvage, « pervers polymorphe » comme le dit Freud, devient un homme civilisé, ne se fait pas sans violence. La politesse est une exigence universelle car elle s’avère indispensable à la vie en commun des hommes. En modérant les émotions, en introduisant le devoir de passer par certaines formalités avant de réaliser certaines actions, la politesse atténue la violence des relations sociales et rend la vie quotidienne plus agréable pour la collectivité. Il faut apprendre à avoir peur dans les relations avec autrui.


V-                  L’inévitable choc des civilisations
Partant d’un même besoin de se perfectionner en s’arrachant à la nature (Bildung), des groupes humains, situés en des lieux différents, ont élaboré des civilisations (Kultur) contradictoires entre elles. Chacun tend à vouloir écraser les cultures concurrentes et à imposer la sienne aux autres hommes.
« Carthago delenda est ! » Caton l’Ancien
VI-                La hiérarchie des cultures : relativisme et universalisme
1-      Relativisme
Chaque culture dispose de son système de normes et ce système est incommensurable avec celui des autres cultures. Il n’y a pas de vérité fixe qui pourrait servir d’étalon de mesure.
« Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » Pascal
2-      Universalisme
Il existe des civilisations meilleures que d’autres et il faut tout faire pour privilégier ces civilisations. Grâce à notre raison, nous pouvons évaluer les systèmes de normes inhérents à chaque culture : en prenant du recul sur nous-mêmes, on peut examiner quelles traditions ou valeurs sont les plus bénéfiques au genre humain. La civilisation qui respecte le mieux le genre humain et qui parvient à diffuser avec le plus d’efficacité les conditions du bien-être.  
VII-             L’idéal occidental de l’unité du genre humain : tension entre le modèle multiculturaliste et assimilationniste

Doit-on lutter pour préserver les différences propres à chaque culture, malgré l’opposition de certaines de leurs traditions et valeurs avec les nôtres ? Ou, au contraire, doit-on se battre pour éliminer le reste de barbarie subsistant encore dans de nombreuses civilisations en faisant triompher les valeurs occidentales. Selon que l’on soit davantage sensible à l’intérêt qu’offre les différences enrichissantes des autres cultures ou à la nécessité de faire régner les valeurs universelles accompagnant notre idéal de la dignité humaine, on sera multiculturaliste ou assimilationniste. 

lundi 23 janvier 2017

SES, Thème 2 : Classes, stratification et mobilité sociale, Comment rendre compte de la mobilité sociale ?, Terminale ES

Thème 2 : Classes, stratification et mobilité sociale
Chapitre 4 : Comment rendre compte de la mobilité sociale ?
I-                   Comment mesurer la mobilité ?

A-    Quelles mobilités ?
1-      La mobilité géographique
La mobilité géographique est le changement de résidence au moins départemental durant la carrière professionnelle d’un individu.
35% des cadres en 2003 avaient changé de région entre la fin de leurs études et leur 1er emploi contre seulement 8% des ouvriers qualifiés. Les catégories les plus mobiles sont les catégories favorisées (cadres, PI, chefs d’entreprises). Cette mobilité peut s’expliquer par des raisons professionnelles. Les meilleures offres d’emplois se trouvent dans les régions les plus attractives, les plus dynamiques qui ne sont pas forcément celles où ils ont fait leurs études. Par ailleurs, leurs longues études leurs ont permis d’acquérir une ouverture d’esprit qui ne les contraint pas à rester dans leur département.
2-      La mobilité intragénérationnelle  
La mobilité intergénérationnelle mesure la mobilité professionnelle des individus durant leur carrière, c’est-à-dire les changements de PCS qu’ils ont pu connaître. Cette mobilité intergénérationnelle est particulièrement importante en début de carrière où l’individu peut chercher à évoluer rapidement dans la hiérarchie.
3-      La mobilité intergénérationnelle
La mobilité intergénérationnelle mesure la mobilité professionnelle des individus entre deux générations ou plus, c’est-à-dire les changements de PCS qu’il y a pu y avoir entre un individu et ses parents.  On distingue deux formes de mobilités intergénérationnelles en fonction du sens de lecture de celle-ci :
-          Destinée : des parents vers les enfants
-          Recrutement / origine : des enfants vers les parents
Une table de destinée cherche à savoir ce que sont devenus les enfants des actifs d’hier. Une table de recrutement cherche à savoir d’où viennent les actifs d’aujourd’hui.
L’égalité des chances pourrait se mesurer à travers des destinées proches des enfants d’ouvriers et de cadres.
B-    Les limites des tables de mobilité intergénérationnelle
Plusieurs limites aux tables de mobilités peuvent être présentées :
-          La mobilité est fonction du nombre de catégories distinguées. Plus il y aura de catégorie, plus les fils auront de chances d’être mobile par rapport à leur parents et inversement. La mobilité objective semble difficile à mesurer.
-          La mobilité des femmes est mal mesurée. Les tables Mère/fils/fille ne sont pour l’heure pas assez pertinentes puisqu’une partie des mères n’a pas travaillé. La mesure sera mobilité sera essentiellement masculine.
-          La valeur sociale, le prestige associé au métier peut évoluer dans le temps. Un métier classé dans la catégorie « cadre » peut perdre de son prestige. C’est comme si un enfant immobile en terme de PCS chutait dans la hiérarchie de prestige.
-          La mobilité sociale mesure une mobilité passée puisqu’elle discute d’actif d’au moins 40 ans et de leur parents (càd nos parents, grands-parents). Elle ne dit rien sur la mobilité actuelle.

è Les tables de mobilités présentent des limites, elles ne sont pas un outil parfait. Cependant, elles révèlent des infos pertinentes sur l’évolution de la structure socio-professionnelle et le degré d’égalité des chances qui existe dans notre société.

II-                Quelle mobilité sociale en France aujourd’hui ?
A-    Une société marquée par une forte immobilité…
Sur la diagonale d’une table de destinée se trouvent les fils qui sont classés dans la même PCS que leurs pères. La mobilité intergénérationnelle est nulle, on parle d’immobilité sociale, reproduction sociale, hérédité sociale.
L’immobilité sociale est très importante pour les extrêmes de la hiérarchie sociale. Pour les autres PCS, l’immobilité est plus faible mais reste importante puisque 1/3 des fils de PI deviendront PI et 1/5 des fils d’agriculteurs, artisans le deviendront à leur tour. Par ailleurs, 88% des agriculteurs d’aujourd’hui avaient des parents agriculteurs (se transmet de génération en génération).
è Au final, 33% des fils seront immobiles par rapport à leur père toute PCS confondue. L’immobilité est importante en France aujourd’hui.

B-     …mais aussi par une mobilité de proximité
La mobilité est généralement ascendante, la position sociale du fils s’améliore par rapport à celle du père. Elle est aussi descendante, la position sociale du fils se dégrade par rapport à celle du père.
L’essentiel de la mobilité est une mobilité de proximité (ascendante ou descendante). Les fils changent de PCS par rapport à leur père d’une seule PCS ou d’une PCS proche. A l’inverse, passer d’un extrême à l’autre de la hiérarchie est rare. La mobilité peut être horizontale lorsque le fils change de PCS par rapport à son père mais que le prestige social associé à cette nouvelle PCS n’augmente pas (ouvrier/employé).
C-    Une société de plus en plus mobile ?
Il semblerait que de 1977 à 2003, la mobilité sociale soit un peu plus importante puisque les chiffres de la diagonale ont eu tendance à diminuer. De moins en moins de fils d’ouvriers deviennent ouvriers. Les fils d’ouvriers ont 1.5 fois plus de chance de devenir ouvrier qu’un autre fils en 1977 alors qu’en 2003, ce rapport ne vaut plus que 1.35.
Cependant, cette amélioration est relative. La situation des enfants d’ouvriers tend à ne pas s’améliorer. De 1993 à 2003, l’immobilité sociale a très peu diminuée et c’est surtout à la fin des 30 glorieuses que leur position sociale s’est améliorée (forte baisse de l’immobilité), la mobilité est passée. De plus, si un individu est enfant d’ouvrier, il a en 2003 4.6 fois plus de chances de devenir ouvrier plutôt que cadre. Ce chiffre reste très élevé, l’immobilité sociale reste marquée dans cette catégorie.
è La société française semble de plus en plus mobile mais l’essentiel de cette mobilité est terminée. La position des enfants d’ouvriers s’est fortement améliorée mais leur origine sociale constitue toujours un poids limitant leur progression dans la hiérarchie.


III-              Quels sont les déterminants de la mobilité sociale ?
A-    Le rôle des structures économiques : l’évolution des emplois offerts impose une certaine mobilité sociale
Les enfants d’agriculteurs deviennent de moins en moins agriculteurs et de plus en plus souvent ouvriers. Mais les agriculteurs d’aujourd’hui sont majoritairement enfants d’agriculteurs. La mobilité des agriculteurs est donc largement subie, imposée par les transformations de notre économie. Les agriculteurs sont plus productifs, moins d’agriculteurs sont nécessaires à l’heure actuelle. Même s’ils le voulaient, tous les enfants d’agriculteurs ne pourraient le devenir aujourd’hui.  
La mobilité structurelle est la mobilité qui s’explique par les changements de structure économique que connait un pays. Elle n’est pas choisie par les individus mais contrainte par l’évolution des emplois offerts au cours du temps :
-          Le pt dans l’agriculture : de moins en moins d’agriculteurs sont nécessaires (16% en 1997, 4% en 2003).
-          Le pt dans l’industrie : désindustrialisation et de moins en moins d’ouvriers (43% en 1997, 34% en 2003).
-          Tertiarisation de l’économie : augmentation des emplois de cadres/PI/employés.
Le développement de l’immigration d’une génération à l’autre aurait des conséquences sur la mobilité des enfants français en fonction du profil des immigrés. S’ils sont moins qualifiés que les Français, ils occuperont des emplois d’ouvriers/employés obligeant les enfants français à être mobiles et inversement si les immigrés sont plus qualifiés.
è La mobilité structurelle traduit une mobilité subie par les individus. La mobilité voulue, choisie s’appelle fluidité sociale, elle traduit la mobilité qui ne s’explique pas par les changements de structure mais soit par l’individu lui-même, soit par les agents permettant son intégration professionnelle.

B-    Le rôle de l’Ecole : facteur de mobilité et d’immobilité à la fois
1-      Le diplôme plus fort que l’origine sociale
En 2002, environ 82% des diplômés supérieur long, enfants d’enseignant ou cadre, ont eu accès à une profession supérieure, 76% pour les enfants d’ouvriers. On en conclue que le diplôme obtenu par un individu joue un rôle plus important dans sa destinée professionnelle que son origine sociale. S’il est diplômé, un enfant de catégorie modeste a quasiment autant de chance de devenir cadre qu’un enfant de catégorie supérieure.
L’Ecole semble être au cœur de la mobilité sociale en permettant à tous les enfants de réussir, elle gomme les inégalités d’origine sociale et limite la reproduction sociale. Elle parvient à faire progresser les plus modestes en étant obligatoire, la même pour tous et gratuite. Les diplômes ne sont pas délivrés en fonction du milieu de naissance d’un individu mais en fonction de son mérite, ses efforts. L’Ecole française est une école méritocratique.
2-      L’Ecole favorise la reproduction sociale
Pour Bourdieu, l’Ecole est facteur d’immobilité sociale puisqu’elle transmet un capital culturel plus proche de celui des catégories favorisées que des catégories populaires. Les thématiques abordées en classe sont plus familières aux enfants de cadres qu’aux enfants d’ouvriers, ils réussiront mieux à l’école.
De plus, en s’adressant à tous de la même manière, l’Ecole renforce ces inégalités et ne permet pas aux enfants de catégories populaires de rattraper leur retard. L’Ecole n’atteint pas l’objectif qu’elle se fixe, l’égalité des chances. Elle est donc critiquable.
Par ailleurs, les diplômes délivrés par l’Ecole ne sont pas utilisés de la même manière par toutes les catégories sociales. Les enfants de catégories supérieures pourront profiter plus facilement du capital social, des relations humaines dont disposent leurs parents pour faire des études ambitieuses et/ou trouver un bon emploi. Un même diplôme ne conduira pas aux mêmes emplois selon l’origine sociale.
L’Ecole n’est pas complètement gratuite, reste à la charge des parents les manuels scolaires, la cantine, les transports, les frais d’inscription…
è On ne peut pas vraiment parler de démocratisation scolaire aujourd’hui. L’Ecole s’est massifiée (de plus en plus d’enfants vont à l’Ecole et de plus en plus longtemps) mais l’orientation scolaire reste très dépendante du milieu d’origine.

3-      La peur du déclassement
Le déclassement est la perte de valeur des diplômes au cours du temps du fait de la massification scolaire. Il faut de plus en plus de diplômes pour atteindre les mêmes postes qu’avant. Ce déclassement conduit au paradoxe d’Anderson, c’est-à-dire à la situation où les enfants, ayant plus de diplômes que leurs parents, occupent des emplois moins valorisés qu’eux.
Puisque de plus en plus de jeunes sont diplômés et que le nombre d’emplois qualifiés augmente moins vite, les employeurs tendent à élever leurs exigences et à recruter des personnes surdiplômées. Le rendement scolaire d’un diplôme désigne l’efficacité avec laquelle il permet d’atteindre l’emploi souhaité.
Les emplois d’encadrement ont tendance à augmenter depuis les années 1980, de plus en plus sont ouverts aux jeunes après la fin de leurs études. Mais pour atteindre ces postes, il faut être de plus en plus diplômé. Avec le même diplôme que dans les années 1980, il est plus difficile aujourd’hui d’occuper ces emplois. 
è Le diplôme continue à être la meilleure protection contre le chômage et la précarité : plus un individu est diplômé, moins il a de risques d’être au chômage. Cependant, les diplômes tendent à perdre de leur valeur. Ils continuent à protéger du déclassement mais de moins en moins fortement. Ce qui pousse les jeunes à poursuivre leurs études.

C-    Le rôle de la famille : stratégies familiales et réussites paradoxales
1-      Les stratégies familiales expliquent la persistance des inégalités scolaires et l’immobilité sociale selon Boudon
Poursuivre ses études donne plusieurs avantages : occuper un emploi valorisé, gagner plus d’argent, être mieux protégé contre le chômage. Cependant, poursuivre ses études a aussi des coûts financiers, temporels (ne pas travailler c’est ne pas gagner d’argent).
Pour Boudon, chaque famille va effectuer un calcul coûts/avantages pour connaître l’opportunité de poursuivre ses études ou non. Pour Boudon, ce calcul coûts/avantages débouche :
-          Pour les familles populaires, les coûts sont supérieurs aux avantages. Ces enfants s’orienteront vers des études courtes.
-          Pour les familles favorisées, les avantages seront supérieurs aux coûts, les enfants s’orienteront vers des études longues.
De plus, Bourdon estime que les motivations à poursuivre les études sont plus fortes pour les enfants de catégories supérieures (faire au moins aussi bien que les parents) que pour les enfants de catégories populaires (plus facile d’atteindre un diplôme égal ou supérieur à celui des parents puisqu’ils n’en ont pas ou peu).
Le système scolaire français propose très tôt des orientations, options qui vont démultiplier les écarts entre les élèves qui choisissent « bien » et ceux qui choisissent « mal ». Les parents qui eux-mêmes auront fait des études pourront conseiller tel ou tel choix (latin, section européenne, bilingue…). Les enfants de milieux favorisés se retrouvent donc plus souvent dans de bonnes classes, bons établissements, bonnes filières…
Enfin Bourdieu, à travers la notion de capacité économique montre qu’il sera plus aisé pour les familles favorisées de payer les poursuites d’études de leurs enfants ce qui leur permet d’envisager des études longues à l’inverse des milieux défavorisées.
2-      Les réussites paradoxales existent cependant
Un individu peut chercher à quitter son groupe d’appartenance en adoptant les codes et comportements d’un groupe de référence qu’il juge supérieurs. Il modifie donc son logement, sa tenue vestimentaire, adopte une culture favorisée…
Ce processus se nomme socialisation anticipatrice. Celle-ci pourra lui permettre de progresser dans la hiérarchie en adoptant petit à petit les comportements que l’Ecole, la société attend de l’individu. Un enfant de milieu populaire peut donc progresser dans la hiérarchie : son origine sociale va le pousser à faire des efforts pour en sortir.
è La mobilité sociale en France existe même si elle reste limitée. Les positions sociales ne sont pas héréditaires. Plusieurs facteurs à cette mobilité existent : l’évolution des structures économiques, l’Ecole et la famille. Mais ces deux dernières peuvent aussi être un poids qui renforce l’immobilité sociale.